Mardi 15 juillet 2008
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La subtilité linguistique la plus difficile à
cerner ce sont les expressions, tout le monde le sait. Mais les métaphores ne sont pas mal non plus, ce sont souvent des phrases totalement hors contexte au sens littéral, mais qui, au sens
figuré, donnent en général une pointe d’humour ou d’ironie au propos. Tout cela est bien joli et plutôt marrant à manier quand il s’agit de votre
propre langue, et même dans ce cas, il arrive de ne pas du tout situer le propos. Par contre quand vous êtes déjà en lutte permanente pour comprendre ce qui se dit autour de vous et que les gens
commencent à parler par métaphores… là vous pouvez le dire : vous êtes complètement largué !
Le contexte :
- La scène se déroule dans l’avion, je suis assise sur le siège du milieu dans la partie gauche de l’avion, à ma gauche un petit français tout blond, très BCBG, étudiant en architecture en
3ème année, vient au Mexique pour un stage. A ma droite une mexicaine, professeur de pédagogie en université en Espagne et qui rentre chez elle pour les vacances. Dernière nous, deux
mexicains et un vacancier espagnol. Pendant tout le trajet les trois gus derrière ont passé leur temps à picoler du vin (rouge ou blanc selon la disponibilité) directement à la bouteille (trop
classe), évidemment au bout de 5h de vol ils étaient complètement pétés et il nous restait encore 6h30 de voyage (sans doute les plus longues de toute mon existence…), ils rigolaient super fort,
ils braillaient comme des porcs, tout un programme… et là ma voisine me raconte qu’ils sont pétés (au cas où je n’avais pas remarqué… j’ai voulu lui expliqué qu’on soit soul en espagnol ou en
français, les symptômes étaient sensiblement les mêmes mais elle était partie dans un exposé, j’avais un peu de mal à saisir le sens de chaque mot, je n’allais pas me lancer dans ce genre de
subtilité…) bref, elle me signale qu’ils sont ivres, jeunes et cons (c’était le sens général du propos) le tout en buvant son vin blanc au goulot, puis elle se tait. Environ 30 secondes après
elle me regarde et me sort « ¿ A dónde vamos ? »
Sens littéral et scolaire : où est-ce qu’on
va ?
Léger moment d’arrêt, un peu incrédule, je cogite
le plus rapidement possible et dans tous les sens… où est-ce qu’on va ? heu bah à Mexico. Qu’est-ce qu’elle me fait celle-là ?! Ça fait plus de 5h qu’on est dans l’avion, ils nous ont
répété au moins cinquante fois qu’on allait vers Mexico DF, cette avion ne fait pas d’escale, ni ne dépose de passager en gare de Marseille alors pourquoi elle me demande où on
va ??!!! Je lui souris gentiment, je chercher quelque chose à répondre et elle répète à mi-voix comme une litanie : ¿ A dónde vamos ? ¿ A dónde vamos ? ¿ A dónde vamos
?
Le doute s’installe, pourtant j’étais presque sure
que l’avion n’avait pas encore été détourné (c’est le genre de chose qu’on remarque non quand un mec se lève le regard un peu fou et crie qu’il ne faut pas bouger, ni réagir, que l’avion va
être détourné pour aller s’écraser ailleurs que sur la piste d’atterrissage comme prévu initialement ?)
Dans ce cas soit, l’ivresse des gus était
contagieuse soit elle voulait dire autre chose… et en réfléchissant deux secondes de plus je me suis rendue compte que ¿ A dónde vamos ? c’est également « Où va-t-on ? » et que
« où va-t-on » en plus de la destination ça peut être la bourgeoise française qui s’exclame face à l’indécence ou à la dérive totale de la jeunesse : « mais où
va-t-on ?! » , « mais où va le monde ?! ». Sauf que dans ce cas la bourge française était mexicaine, super gentille et avec des mèches rouges et
blondes dans les cheveux !
A ce moment je me suis rendue vraiment compte que
niveau linguistique… ça n’allait pas être simple. Je sens que je vais faire des bourdes monumentales !